Nos dirigeants le disent, la France, étouffée par la dette publique, sacrifie ses générations futures en s’adonnant à des dépenses sociales inconsidérées. La cause de l’endettement de l’Etat serait due à l’irresponsabilité du modèle social français. Ainsi le 1er mars 2010 le regretté Raymond Barre disait :

Il faut bien faire comprendre aux Français qu’ils mènent une vie douce et douillette, mais que ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui auront à régler la dette. Ce n’est pas correct.

Alors vous ne le saviez peut-être pas mais vous avez la vie douce et vous êtes en plus les heureux détenteurs d’une dette publique qui s’élève à 26 000 € par habitant, enfants compris.

Tout est dit, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer. Si l’Etat s’est endetté, c’est pour vous garantir la douceur de vivre. Et oui parce que les salaires qui stagnent c’est doux, les suppressions de postes d’enseignants, d’infirmières, de policiers, c’est doux, les médicaments et les majorations d’honoraires de médecins déremboursés c’est doux, les plans sociaux c’est très doux, les stages et les CDD à répétition c’est très doux, les chômeurs en fin de droit c’est très très doux. Par contre les bénéfices des banques c’est dur, les bonus des traders c’est dur, les parachutes dorés c’est très dur, le doublement de la rémunération du président de la république c’est très très dur. Fini le laxisme, le gouvernement et les marchés financiers vous proposent le régime grec 100% amaigrissant. Vive la rigueur et l’austérité car ces 26 000 € il faut les payer.

Comment ne pas se sentir coupable face à un tel chiffre ? Pourtant vous payez vos impôts, n’est-ce pas? En moyenne pour 2010, l’impôt sur le revenu c’est 850 € par habitant et par an. Vous n’êtes pas comme cette Liliane Betancourt ou ces entreprises du CAC 40 qui peuvent se payer des conseillers fiscaux ou envoyer des mallettes en Suisse ou aux Iles Caïman. Et bien figurez-vous que les exonérations fiscales consenties par la droite depuis 10 ans associées à la fraude fiscale sont une perte pour l’Etat qui revient à 1700 € par habitant et par an. C’est-à-dire qu’avec sa politique de réduction d’impôts et de laxisme vis-à-vis des paradis fiscaux qui profite aux familles et aux entreprises les plus riches, le gouvernement se prive de l’équivalent de deux fois ce que vous payez en impôts sur le revenu.

Et ce n’est pas tout, car qui dit dette dit intérêts payables aux banques. Pourtant ce n’est qu’à partir de 1974 que l’Etat a pu emprunter auprès des banques commerciales. C’est même devenu carrément obligatoire depuis 1992 avec les accords de Maastricht. Alors qu’avant, l’Etat pouvait emprunter directement à la banque centrale à taux «zéro». C’est ce qu’on appelait à l’époque faire «marcher la planche à billets». Mais aujourd’hui ce sont l’équivalent de 700 € par habitant et par an qui sont payés aux banques en guise d’intérêts.

En résumé vous payez 850 € à l’Etat. L’Etat ne demande pas les 1700 € dus par les plus riches, et paie 700 € aux banques. Résultat : un déficit public qui au fil des ans augmente la fameuse dette publique. Alors si sachant ça vous vous sentez toujours coupable et résigné au sujet des 26 000 € vous pouvez tourner la page.

En revanche si vous commencez à douter, vous pouvez toujours signer la pétition pour un «Audit citoyen de la dette» sur le site http://www.audit-citoyen.org

Caricature de RPB