Un projet enterré ?

En Terre d’Argence, depuis le mois de mars et les élections municipales et cantonales qui ont vu la défaite de 4 conseils municipaux et du conseiller général sortants, tous partisans de l’implantation de la centrale à gaz POWEO, un grand silence plane. Les nouveaux élus, opposants de longue date ou convertis récents, semblent tenir pour acquis que l’essentiel a été fait, que le pire a été écarté, que tout se serait réglé dans les urnes. Les promoteurs du projet restent muets, comme saisis de respect devant le verdict populaire ; les fonds de pension, les actionnaires renonçant aux profits espérés, touchés par la grâce environnementale !

Dormez, braves gens ! Ou circulez, y’a plus rien à voir !

Sauf qu’à y regarder de près, les eaux dormantes sont beaucoup plus troubles qu’il n’y paraît. Si l’opposition au projet a marqué des points, c’est en divulguant les faits et les chiffres, en argumentant, en agissant au grand jour, en organisant des réunions, en animant des débats, bref en faisant œuvre civique. Voilà pourquoi Poweo (émanation française d’un fonds de pension autrichien qui n’a rien à faire des besoins réels du pays en matière d’électricité) préfère désormais esquiver, faire le mort, jouer discret : la confrontation publique le rend vulnérable. D’autant que si le site de Saint Paul Valor, sur la Costières, paraît désormais compromis pour les pollueurs, il ne leur est pas encore totalement inaccessible : le permis de construire délivré par le préfet est toujours valide et si la commune de Beaucaire a retiré du périmètre menacé les parcelles qu’elle possède, quelques hectares appartenant à des particuliers restent disponibles.

Mais le risque majeur est ailleurs, le marchand de gaz a d’autres atouts : il semble prêt à monnayer un retour vers la zone industrielle de Beaucaire, à faire le forcing auprès des pouvoirs publics pour l’obtenir. Les Beaucairois qui auraient eu la tentation de s’endormir sur un premier succès risquent de connaître un réveil difficile ! Poweo a trop dépensé pour lâcher le morceau : il veut cette implantation, qui sera aussi nocive, où qu’elle se fasse !

Des risques sanitaires et environnementaux majeurs

Au moment où il est demandé aux citoyens de faire un effort, y compris financier, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, cette usine qui tournera à plein régime 333 jours par an ( et pas seulement pendant les pics de consommation, comme le font les centrales thermiques d’EDF), produira à elle seule 2 fois plus de CO2 (gaz à effet de serre) qu’Aramon et Calcia réunis (à elle seule 2,4 millions de tonnes de CO2 soit 2% de l’ensemble des émissions de l’industrie française). Pour ceux qui considèrent que le réchauffement climatique ne les concerne pas, qu’ils méditent simplement, pour eux-mêmes ou la santé de leurs enfants, surtout s’ils souffrent d’asthme, d’insuffisance respiratoire, de bronchiolites, que nos généreux bienfaiteurs déverseront annuellement dans nos poumons 1430 tonnes d’Oxyde d’Azote, une substance très irritante pour les poumons, suspectée de toxicité sur le système cardio-vasculaire, responsable des pluies acides qui détruisent les forêts de résineux. Ce délicieux cocktail s’ajoutera aux presque 3.000 tonnes déjà rejetées par Aramon, Tembec et Calcia . Parmi les autres joyeusetés promises, il y aussi l’ozone et d’importantes quantités de Monoxyde de Carbone (ce gaz qui tue quand les poêles sont défectueux) .En termes de poisons, la zone de Beaucaire, à elle seule, recevra plus qu’il n’est admissible pour la totalité de la Région Languedoc Roussillon, si l’on en croit les autorités sanitaires ! Beaucairois, n’oubliez pas de recharger vos cartes VITALE !

Un non sens économique, une insulte à l’avenir !

Le risque est d’autant plus pressant que tous les arguments vont être utilisés : au moment où 130 emplois sont menacés (dont de nombreux beaucairois), à LINPAC Tarascon, où l’économie mondiale paraît vaciller, la tentation du chantage à l’emploi, aux ressources fiscales, sera forte. Cela souligne, d’une part, la nécessité d’être aux côtés des salariés inquiets ou en lutte pour leur emploi ,de façon à repousser ce moyen de pression .D’autre part, Il convient de rappeler que le nombre d’emplois durables (et hautement qualifiés) sur le site, sera faible ; que la construction de l’usine sera assurée, pour l’essentiel, par des équipes spécialisées, venues d’ailleurs, appartenant aux géants industriels Siemens et Westinghouse ; que la production ne durera pas plus de 20 à 25 ans…Si tant est qu’elle dure aussi longtemps, car qui peut prédire à quels sommets de prix se hisseront pétrole et gaz naturel dans 5 ou 10 ans ? Ce qui risque fort de condamner très vite un tel équipement, avec son cortège de dégâts humains, de gâchis financiers, d’atteintes à l’environnement. Qui peut prédire aussi où en seront les réserves de cette énergie non renouvelable, qui se raréfie et dont il conviendrait de limiter l’utilisation aux seuls emplois pour lesquels elle est vraiment irremplaçable (industrie pharmaceutique, par exemple) ? Spéculer sur une ressource en voie de disparition est un non-sens économique et environnemental, un crime contre les générations futures pour lesquelles nous n’aurons pas voulu préparer des solutions ! Il est de notre devoir de développer une économie respectueuse des Hommes, des ressources et des territoires .

Tel élu qui, hier, clamait haut et fort, campagne électorale oblige, que la santé humaine n’a pas de prix et ne se négocie pas, se doit aujourd’hui, à l’heure des choix, de mettre en pratique cette noble et généreuse profession de foi ! Il peut compter sur nous pour l’y aider car, les Beaucairoises et les Beaucairois le savent, sur ce point, nous, nous n’avons pas varié, nous ne varierons jamais !

POWEO, NI ICI NI AILLEURS !

angelus, l'art vulgaire