Depuis deux ans des centaines de milliards de dollars, d’euros, de yens, de livres, de yuans (ah ! la poésie monétaire ! quelle volupté !), sont engloutis pour sauver les banques, les grandes entreprises cotées en Bourse, leurs profits et les dividendes de leurs gros actionnaires.
Faut dire qu’ils étaient malades, une cirrhose financière, une indigestion de spéculation, une boulimie d’achats, de rachats et de concentration, une orgie boursière, une goinfrerie capitaliste, jusqu’à la nausée. Alors, ils ont été patraques, ont vomi, eu la gueule de bois, fait un peu la diète…

Certains dirigeants ont même fait les gros yeux, dit «tss, tss, sachez vous tenir» ; chez nous, il y en a même un qui a dit qu’il allait réformer le capitalisme, supprimer les paradis fiscaux, moraliser tout ça ; on allait voir ce qu’on allait voir !

Et on a vu : les turpitudes de Madame Bettencourt et de son entourage, Bernard Tapie indemnisé pour «préjudice moral» à hauteur de 250 millions par un jury de copains (pas par la Justice !), Bolloré (l’ami du président) qui arrache des milliers d’hectares de forêt primaire en Afrique pour spéculer sur l’huile de palme, les banques qui renouent avec des bénéfices indécents, supérieurs à ceux d’avant «la crise».

Bref, on a tout changé pour que rien ne bouge ! Reste, à la fin du festin, quand tout ce beau monde s’est bien vautré, qu’il y a l’addition à payer ! Bien sûr, sans toucher aux profits ni aux dividendes : ce ne sont tout de même pas les casseurs, les vrais, qui vont casquer ! Pas les seigneurs saigneurs ! Sinon qui ferait tourner l’économie ? Alors, il y a tous ces fainéants : les salariés, qu’on va virer par charrettes entières, ces nantis de retraités qui vivent trop bien trop longtemps, les infirmières, facteurs, policiers, instituteurs trop nombreux et trop bien payés ! Haro sur les retraites, sur la Sécurité Sociale, sur les Services Publics !

On n’est pas fatigués !

On a commencé par la Grèce, on a montré du doigt le Portugal, l’Espagne, l’Italie ; les bien-pensants, les importants, les puissants nous ont expliqué que les Méditerranéens, ils sont comme ça, la faute au soleil sans doute, ils dépensent sans penser au lendemain, de vraies cigales écervelées, qu’il fallait recadrer : austérité, rigueur, économies !

Mais voilà que la chaste Irlande s’y met aussi : sous perfusion financière avant la faillite ! My God ! Ce modèle de vertu, ce «tigre» économique, où les multinationales ne paient presque pas d’impôt, où les cotisations sociales ne pèsent rien, où le laisser-faire ultra-libéral promettait l’enrichissement pour tous ! Les retraités vont y perdre 3 semaines de pension, les fonctionnaires et les travailleurs du privé un mois de salaire, et les jeunes recommencent à émigrer vers l’Amérique ou l’Australie !

Et en plus, du Nord au Sud, de Dublin à Athènes, de Londres à Lisbonne, en passant par Paris, Rome ou Madrid et même Beaucaire, depuis septembre, les peuples descendent dans la rue, demandent des comptes, refusent de payer les pots cassés par d’autres ! Par millions ! Et ce n’est pas fini, car elle est insondable la morgue des nantis, insatiable leur appétit de pouvoir et de profits, inaltérable leur aplomb quand ils viennent nous faire la leçon !

Chez nous, on vient de faire une grande découverte : de plus en plus de personnes âgées (toujours elles, décidément…) vivent dans la dépendance, alors on va créer un cinquième risque pour que la Sécu puisse le couvrir, mais avec «l’aide» des banques, des compagnies d’assurances, des financiers, des boursicoteurs, des rapaces de tous poils et toutes plumes…

Un certain Guillaume Sarkozy, frère de l’autre, est en train de monter un empire «retraite et dépendance», un mauvais titre pour un mauvais film dont les Français auront le mauvais goût de réécrire le scénario ! A Beaucaire, pour la première fois depuis de nombreuses années, la défense des retraites a mobilisé : à deux reprises, au bord du Canal, de simples citoyens se sont mêlés aux militants habituels, dont ceux de RPB, pour dire leur refus de ce recul de civilisation, crier qu’un autre monde était possible ; ils ont été nombreux aussi à se rendre à chaque manif nîmoise (en particulier grâce au bus de la CGT).

La bataille des retraites n’est pas définitivement perdue, celle de la Sécu va s’engager, et celle de l’emploi et d’une autre répartition des richesses… De Dublin à Athènes, en passant par Beaucaire.