Cette période électorale est propice à la méditation et au questionnement : à quoi peuvent bien penser les gars de la Marine ?

L’immigration, source de tous nos maux ?

D’abord, peut-on imaginer que la «dame brune» fasse partir des centaines de milliers, voire des millions d’immigrés, sans un choc économique pire que la crise de 1929 ? Ou bien se contentera-t-elle d’obliger ces gens à se cacher dans des caves ou dans les bois ?

Ses électeurs croient-ils vraiment que les exploitants agricoles vont laisser partir une main-d’œuvre travailleuse, très peu coûteuse, peu revendicative ?

Et les «marchands de sommeil», qui ont, eux-aussi, en majorité, les yeux de Chimène pour le F.N, laisseront-ils partir de leurs logements vétustes ces si bons clients ?

Et puis, quand les «Arabes» seraient partis, la situation ayant très certainement empiré, il faudrait s’occuper des Espagnols, des Pieds-Noirs… Puis viendrait le tour des «Ritals », des Anglais, des Hollandais , des Belges ( Ah non ! Pas les Belges, ils ont de la trop bonne bière !), puis les Bretons, les Parisiens…

Alors, dans une «vraie France» de 40 millions d’habitants, dont la moitié de plus de 65 ans, serait-on enfin heureux dans nos maisons de retraite, redevenues des hospices, avec très peu de personnel certes, mais bien de chez nous ?!

Autre sujet de réflexion : une légende qui a la vie dure soutient que la gauche ouvre grand les frontières aux hordes de barbares. Les statistiques du ministère de l’intérieur disent plutôt l’inverse : l’immigration est plus massive sous les gouvernements de droite que sous ceux de gauche !

Et c’est logique : pour les partisans des «droites musclées», l’immigration et l’insécurité constituent leur fond de commerce. Sans cela, qui aurait envie de voter pour eux ?

Pour preuve, à Beaucaire, c’est pendant les 25 années de la municipalité André que l’immigration s’est brutalement accrue.

Cependant, une enquête historique véritablement sérieuse nous apprend que les déplacements de populations ont toujours existé depuis que les singes se sont mis à marcher sur leurs deux pattes arrière ! Il est évident aussi qu’Homo Sapiens a bien compris qu’une population sans mélange est condamnée à disparaître, non seulement sur le plan génétique mais aussi sur le plan culturel.

L’immigration est une richesse : combien de futurs Victor Hugo, de Marie Curie, de Zola… à condition de ne pas gâcher cette richesse potentielle en la confinant dans des quartiers ghettos.

Le problème, ce n’est pas les immigrés dans les villes. Non, le problème, c’est la ville, c’est-à-dire la façon dont on a traité l’urbanisme depuis près de trente ans, à Beaucaire comme partout en France. En refusant la mixité sociale, avec d’un côté, des immeubles surpeuplés dans des quartiers sinistres et écartés des zones d’activités, et de l’autre côté, des lotissements cossus…

Ces populations qui ont quitté leur village, leurs parents et amis, ne l’ont pas fait pour voir la Tour Eiffel ou pour avoir la Sécurité Sociale mais parce que leur pays a été pillé pendant deux siècles par les colonialismes et, devenu indépendant, s’est retrouvé endetté et escroqué par le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale.

Les déplacements de populations ne s’arrêteront pas avec un bulletin de vote car, avec une terre qui comptera, un jour prochain, 10, voire 12 milliards d’habitants, avec des religions qui interdisent la contraception aux femmes, avecdes sols encore plus pauvres que les humains qui les foulent ou les travaillent, peut-être même, un jour, sera-ce à notre tour de fuir notre région.

L’insécurité…

Le deuxième argument des électeurs tentés par un vote pour les droites extrêmes est l’insécurité.

Pourtant, les études sociologiques et statistiques montrent qu’il n’y a pas plus de crimes (meurtres, viols) aujourd ‘hui que 30 ou 40 ans auparavant (lire les excellentes études de Laurent Mucchielli à ce sujet). Le climat de peur quasiment paranoïde est entretenu par une presse toujours prête à en rajouter une louche avec le premier fait-divers venu, surtout en période électorale. Mais qui détient ces médias, sinon la droite ?

Par contre, les «incivilités» sont plus réelles et sont le témoin de malaises de nos sociétés de transition, comme ce fut le cas dans les années 1900 1910, avec les «Apaches», ou les années 50 avec les «blousons noirs». A chaque fois, à l’origine, le mal-logement, une urbanisation non maîtrisée, des populations déracinées. Les solutions ne viennent pas toutes seules mais dans le passé, on a su en trouver : de nouveaux modes d’organisation de la ville, développer une police de proximité et surtout mettre en place un système scolaire public digne de ce nom et qui évitait tout communautarisme.

Victor Hugo qui avait le sens de la formule disait :

Quand on ouvre une école, on ferme une prison !

Seulement, depuis 10 ans, un certain Nicolas S. qui ignore superbement nos grands écrivains, fait tout le contraire : il ferme les écoles et ouvre des prisons !

Le vote d’opposition épidermique frontal et frontiste ne peut changer une société en mutation, il ne peut servir qu’à livrer un pays, pieds et mains liés, au pouvoir d’aventuriers sans scrupules.

En fait, sur le plan de la pensée politique, on assiste à une confrontation entre les tenants des «Traditions» et et les adorateurs du changement, de la «bougite.»

Le raisonnable est un peu entre les deux. Le tissu socio-économique de notre pays a été quasiment détruit par une politique d’abandon des services publics (écoles, hôpitaux, bureaux de poste), des quartiers, de la police de proximité.

Il faut restaurer le maillage de tous ces services publics et pas seulement dans les zones à forte densité de population. Il faut aussi arrêter de jouer au «dialogue communautariste» en instaurant un dialogue direct entre la République et les citoyens, sans intermédiaire, en pratiquant une vraie laïcité.

Et si, en plus, on laissait tomber le système présidentiel, avec une constitution permettant la destitution d’un élu sur simple pétition, avec non renouvelement et non cumul des mandats comme le prévoyaient Condorcet ou Robespierre en 1792.

Chiche !