Bientôt plus personne aux manifs ?

Nous assistons, depuis plus de 25 ans, à l’agonie de nos démocraties dans un silence de plus en plus assourdissant… s’il n’y avait le bruit des grenades de la gendarmerie, les sirènes de la police ou le vrombissement des drones.

Dans le passé, les manifestations de citoyens soucieux du maintien de notre devise républicaine ont été une réponse efficace, surtout dans la période dite des «trente glorieuses » (1945-1975).

Puis, à partir des années 80, période qui prendra pour certains le nom de «trente piteuses », des lois dites de sécurité se mettent en place. Le rythme d’édiction des nouvelles lois et décrets s’est même accéléré sous les présidences Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron. Et pourtant, curieusement, les manifestants sont de moins en moins nombreux, de plus en plus âgés. « Curieusement », les forces de police sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus impressionnantes dans leurs tenues de robots futuristes. Un exemple ? Dans une petite ville de 16 000 habitants, pour exprimer l’inquiétude devant l’arrivée de lois liberticides ouvrant grandes ouvertes les portes de ce qui reste de République aux appétits du premier dictateur venu, il n’y avait qu’une cinquantaine de personnes, mais très bien surveillées par une dizaine de policiers !

Encore quelques années et, pour défendre les derniers carrés de libertés, il n’y aura plus que quelques octogénaires en déambulateurs. Comment qualifiera-t-on alors les trente premières années du XXIème siècle ? Les « trente merdeuses ».

Comment expliquer ce fait ?

* Ce n’est pas la lassitude car ceux qui ne sont pas venus cette fois-ci ne sont pas non plus venus aux autres manifestations de Nîmes, Arles ou Avignon.

* La peur du Covid ? Pourtant les magasins sont bien fréquentés.

* Alors ? Désenchantement ? On ne croit plus en rien ? Plus à l’efficacité des manifestations de rue ?

* Repli sur soi ? Le « tout à l’ego » qui amènerait à une défiance générale envers tout ce qui est organisé (syndicats, partis politiques) ??

* S’agit-il de la croyance en d’autres méthodes : la toute puissance de son index sur un écran tactile ? ou bien la fuite vers le monde illusoire des « réalités » virtuelles ?

Le danger n’est pas virtuel.

Quelle que soit la raison de ce désengagement des citoyens, il est urgent d’y remédier car l’épée de Damoclès macronienne est au-dessus de nos têtes.

On peut craindre, le 2 décembre prochain, la reproduction, 170 ans plus tard, du coup de force du « prince président » Louis Napoléon Bonaparte (2 décembre 1851) qui, rappelons-le, avait été lui aussi élu pour sauver la République ! Pour notre président actuel, qui admire tant Napoléon 1er , au point de vouloir commémorer le bicentenaire de sa mort, cet « anniversaire » pourrait bien être le bienvenu. Si ce n’est pas Macroléon, ce sera un général ou une autre canaille car l’arsenal de toutes les lois liberticides, en place désormais, ne permet plus de faire obstacle légalement aux apprentis-tyrans.

Tous des veaux ? des moutons ?

Dans ce cas, les seules réactions seront, hélas, n’en doutons pas, des manifestations violentes… à l’entrée des supermarchés pour dévaster les rayons de pâtes ou de P.Q. ! Et un engorgement des réseaux sociaux pour dénoncer le coup d’état mais surtout pour commander sur Amazon.

Alors, on en revient au conte de Voltaire mais en remplaçant Persépolis par la République : faut-il la détruire ? Faut-il dissoudre le peuple ?

En tous cas, on ne pourra pas dire : on ne savait pas.

Rappelons que la liberté ne s’use que si l ‘on ne s’en sert pas.

Ce que raconte « Le Monde comme il va » :

Un homme, choisi pour sa sagesse et son impartialité, est chargé d’enquêter pour savoir s’il faut ou non détruire Persépolis, la capitale des Perses.

Son rapport consiste en une petite statue, composée de tous les métaux existants, de pierres précieuses tout comme des matériaux moins nobles. Puis il pose la question : « Casserez-vous, dit-il, cette jolie statue parce que tout n’y est pas or et diamants ? ».

La réponse est que Persépolis ne sera pas châtiée car « si tout n’est pas bien, tout est passable ».