Le Conseil national de la résistance ou CNR a été créé dans le but de coordonner les différents mouvements de la résistance française tels que la presse, les syndicats ainsi que les différents partis politiques hostiles au gouvernement de Vichy. Il est né avant tout de la volonté ardente des Français de refuser la défaite et l’occupation allemande.

C’est le 27 mars 1943 qu’il tient sa première réunion et voit sa présidence confiée à Jean Moulin, alors missionné par le Général de Gaulle d’unifier l’ensemble des mouvements de la résistance. Malheureusement, peu après la création du CNR, Jean Moulin est dénoncé et capturé par les SS. Après trois jours de torture il décède pendant son transfert vers l’Allemagne sans avoir rien dévoilé à ses tortionnaires, ce qui les empêchera de démanteler le CNR. Par mesure de sécurité ce dernier met fin aux séances plénières et constitue alors un bureau exécutif de cinq membres représentant chacun un des principaux courants politiques de l’époque à savoir le parti communiste, le parti socialiste, les radicaux, la droite républicaine ainsi que les démocrates chrétiens. Ils élaborent alors ensemble un programme politique qui se compose de deux parties.

La première est un plan d’action qui concerne la résistance intérieure française qui liste les actions à mener dans l’immédiat dans la perspective de la libération. De ce fait sont créés les comités départementaux de libération (CDL) qui regroupent les comités de villes et villages dont le but est de faire participer à l’échelon communal, local et dans les entreprises tous les Français à la lutte contre l’ennemi, notamment en entrainant les volontaires à une lutte armée ainsi qu’à combattre contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation imposées par l’ennemi.

La deuxième est une sorte de programme de gouvernement qui vise à administrer la France après la libération et qui marque la volonté des différents partis politiques constituant le CNR à rester unis pour rétablir l’indépendance politique et économique de la France.

Ce programme, très empreint de rénovation sociale, prévoit :

  • le retour à la nation : des grands moyens de production monopolisés, des sources d’énergies, des richesses du sous sol, des compagnies d’assurance et des banques,
  • le développement et le soutien des coopératives de production d’achat et vente agricoles et artisanales,
  • le droit d’accès dans le cadre de l’entreprise aux fonctions de direction et d’administration pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires et la participation des travailleurs à l’économie,
  • le droit au travail et au repos,
  • un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire permettant à chacun de vivre avec sa famille dans la sécurité et la dignité,
  • la garantie du pouvoir d’achat national par une politique de stabilité de la monnaie,
  • la reconstitution d’un syndicalisme indépendant doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale,
  • la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement,
  • une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir leurs jours dignement,
  • et la mesure la plus importante sans doute : un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail ; ceci avec gestion du dispositif orchestrée par des représentants des intéressés et de l’Etat.

Même si le souffle réformateur dont il était porteur est vite retombé, le programme du CNR a cependant été appliqué après la guerre. Peu à peu, il s’est effacé avec les premières élections, la majorité des Français souhaitant un retour aux structures habituelles. A partir de 1946-1947, plus aucun conseil départemental de libération n’a de rôle effectif.

Il n’en reste pas moins que nombre de conquêtes sociales arrachées à un patronat en position de fragilité à la Libération du fait de leur collaboration active pendant l’occupation y trouvent leur socle : la Sécurité sociale, les retraites généralisées, les grands services publics, les comités d’entreprises, les lois sociales agricoles, le droit à la culture pour tous etc.
À l’heure où ces conquêtes chèrement payées sont menacées ou démantelées méthodiquement au nom de la «nécessaire adaptation à la mondialisation», en un temps où les groupes financiers et industriels assoient de plus en plus leur pouvoir sur la presse, le riche héritage du CNR mérite de ne pas sombrer dans l’oubli.
Il nous permet en effet de mesurer le terrain perdu depuis le déclenchement de la contre-révolution libérale, mais aussi de nous rappeler que le «contrat social» du CNR est aux antipodes de celui qu’un Medef redevenu fort et arrogant, avec l’appui du gouvernement, tente aujourd’hui de nous imposer.
Les détracteurs du CNR affirment que la France n’a plus les moyens financiers de ses ambitions sociales, mais oublient sciemment de dire que la richesse produite aujourd’hui dans ce pays est bien supérieure à celle produite au sortir de la guerre.

Après la guerre froide, les idéologues du libéralisme ont fait croire à nos dirigeants politiques que liberté de l’argent rimait avec liberté de l’individu. Pourtant, plusieurs crises économiques plus loin, le dogme de «l’argent roi» s’est converti en «argent fou» et l’on ne peut que constater ce que nos aïeux savaient déjà, à savoir que seul un pacte social tel que celui défini par le CNR en son temps est capable de garantir les libertés fondamentales des individus.