Alors voilà, la bête politique a rendu son tablier après 28 ans d’une carrière qui l’a propulsée jusqu’à l’assemblée nationale. Spécialiste du coup de gueule et de l’effet de manche, il démissionne pour «dénoncer la gestion catastrophique et irresponsable de la commune depuis trois ans» dans une dernière (?) saillie qui a longtemps fait le bonheur du Midi Libre et , il faut bien le dire, d’une majorité de Beaucairois.

Élu pour la première fois en 1983 à la tête de la mairie, il n’aura eu de cesse de dénigrer l’action de son prédécesseur, José Boyer, parlant de commune sinistrée à son arrivée au pouvoir. Il le répète encore aujourd’hui afin d’ asseoir sa condition d’homme providentiel qui a permis «la résurrection» de la ville. Amen.

Plutôt que de relancer la polémique qu’il affectionne tant, nous lui offrons pour sa retraite des éléments de réflexions sur quelques faits historiques et néanmoins indiscutables. Sans pour autant espérer de sa part, et pour rester sur le même registre que lui, quelque acte de contrition et de repentir.

Au delà des actes , il y a les idées. Des idées structurées par une philosophie au services de tous et non pour l’intérêt d’un petit groupe. Voici celles qui animaient les différentes équipes Boyer :

  • être au service de tous
  • faire payer les riches par le levier de la taxe professionnelle ;
  • redistribuer les richesses ;
  • favoriser les logements sociaux par des programmes de construction individuels et collectifs ;
  • défense du petit commerce en refusant l’implantation de grande surface ;
  • défense de la laïcité et respect de la loi de 1905 en refusant par exemple les signes religieux pendant les fêtes ;
  • lutte contre la spéculation immobilière par la création de zones d’aménagement différées ;
  • obligation pour les promoteurs de créer des espaces publics (locaux et places) de participer à l’édification des services publics (école de Puech Cabrier)
  • intégration des services publics dans les opérations d’aménagement (écoles, commerces, espaces publics, salle polyvalente, gymnase, etc …)

Quelles étaient les idées de Jean-Marie André et quelles sont celles de son bébé Jacques Bourbousson ?

Une équipe composée de communistes, de socialistes et de démocrates, avec à sa tête José Boyer, gagne les élections le 15 mars 1959. A cette époque, la limite urbanisée de Beaucaire est celle que l’on appelle aujourd’hui centre ville. Les infrastructures publics sont très sommaires voire inexistantes : une voirie digne des voies romaines avec des rues pavées de calades , une ville plongée dans le noir à la tombée de la nuit, un réseau d’adduction d’eau ne desservant que quelques rues, des égouts à ciel ouvert aux entrées de la ville, des bâtiments communaux et des écoles nécessitant un solide rafraîchissement, une absence d’équipements sociaux : pas de foyer restaurant pour les personnes âgées, pas de crèche et pas de maisons des jeunes, et un déficit en logements qui obligeaient les beaucairois à s’exiler.

Voilà l’immense chantier auquel se sont attelées les différentes majorités municipales dirigées par José Boyer. En voici un résumé :

Les premiers efforts se sont concentrés sur les équipements du centre ville. Qualifié de priorité des priorités, l’adduction en eau potable nécessita de gros investissements pour sécuriser et étendre le réseau. Dès 1959 un réservoir de 1000 mètre cubes fut construit à la cote 50 sur la colline du Sizen, un puits de captage et une station de pompage moderne complétèrent ce dispositif. Parallèlement l’extension du réseau d’eau permit d’approvisionner tout le centre ville ainsi que le sud du canal et l’ouest du boulevard Foch, ce qui représentait à l’époque plus de 10 kilomètres de canalisation.

Les premiers travaux d’un réseau de tout à l’égout débutèrent en 1964 grâce à une subvention accordée par l’ État et devaient s’étaler sur deux décennies.

La modernisation de l’éclairage entrepris dès 1960 permit l’installation de luminaire dans toutes les rues du centre-ville l’année suivante.

La réfection des rues fut entreprise, le bitume remplaçant progressivement les « calades ». Alors que huit rues de la ville étaient couvertes d’ enrobé en 1959, on en comptait 92 en 1964 pour une longueur de près de 10 kilomètres linéaires. Ce même effort était entrepris pour la voirie rurale, complété par un curage de la Roubine Royale, d’une installation de panneaux de signalisation à certains carrefours dangereux.

Le nouveau maire, instituteur de son état, ne pouvait être indifférent à l’état de certaines écoles de Beaucaire. De gros travaux furent entrepris pour accueillir dignement les petits beaucairois. C’est aussi au cours de ce mandat que furent inaugurés le collège Eugène Vigne (reconstruit récemment) et le collège d’enseignement technique Paul Langevin pour lesquelles la commune dut supporter l’achat des terrains ainsi que la création des réseaux d’eau, d’assainissement, de gaz et d’électricité.

L’attention portée aux vieux travailleurs se concrétisa par la création d’un centre de paiement de la sécurité sociale, évitant ainsi le déplacement à Nîmes. Celui-ci permit également le remboursement plus rapide des frais médicaux avancés par les patients. Cette mesure prit toute son importance pour les familles les plus modestes.

Une maternité fut ouverte en 1961 mais celle-ci ne put survivre à une politique de rigueur imposée par l’Etat.

Pour répondre au souhait de nombreux beaucairois de rester sur leur commune et alors que nombre d’ entres eux devaient s’exiler, une ZUP fut crée en 1965 dans les quartiers de Puech-Cabrier et La Moulinelle. C’est au cours de ces années que s’élevèrent les résidences ’Les colombes », « Les Iris ». Sans toutefois oublier ceux qui préféraient la maison individuelle puisque dès 1969 des programmes de villas et de pavillons (« Les Oliviers », « Les Grillons », « Les Amandiers ») purent satisfaire une demande croissante.

La constitution d’un syndicat mixte d’équipement le 4 août 1966, en étroite collaboration avec la chambre de commerce de Nîmes, constitua la première pierre qui aboutit en 1973 à la création d’une ZAC de 50 hectares. Elle fut suivie dans la foulée d’une zone d’aménagement différé de 180 hectares afin de prévoir une extension de l’actuelle zone industrielle. Elle connut un succès immédiat avec l’installation d’une unité de Saint-Gobain Industries à la fin de cette même année. De nombreux emplois furent crées et la taxe professionnelle versée facilita le financement et la poursuite des travaux déjà engagés.

On retrouvera une trame de ces grands chantiers au cours des mandats successifs de José Boyer. Sans entrer dans le détails, on peut citer :

  • l’extension de la ZUP pour laquelle l’office Départemental HLM réalisa plus de 700 logements collectifs auquel il fallait ajouter 114 pavillons individuels. En 1976 le centre commercial de la ZUP sorti de terre, conférant à l’ensemble une cohérence que l’on ne retrouve pas dans les nombreux lotissements crées par les majorités dirigées par M. André.
  • la poursuite de l’effort concernant l’assainissement permit de faire disparaître les cloaques que l’on trouvait aux entrées de la ville. Plusieurs stations de relevage furent créer. Point d’orgue de cette immense progrès, la mise en service d’une station d’épuration moderne était mis en service en avril 1977.
  • la création d’un Centre Communale d’Action Sociale après l’acquisition d’un immeuble du boulevard Joffre permit l’ouverture du Foyer Restaurant pour personnes âgées le 5 janvier 1979. Cet équipement hébergea des clubs pour la lecture, les loisirs, la détente, le service de Protection Maternelle et Infantile, le Centre de Planification et le service d’ Hygiène Mentale inaugurée le 24 février 1981. Anticipant la tendance actuelle qui porte des projets de création de structures accueillant à la fois des personnes âgées et de jeunes enfants, la Halte Garderie fut installée dans le même immeuble ouvrit ses portes aux petits beaucairois en avril 1982.
  • la modernisation des équipements scolaires et péri-scolaire fut poursuivis : création de cantines scolaires, organisation de classes vertes pour les enfants de Beaucaire, aménagement des circuits de transports, déménagement du centre aéré dans des locaux aménagés sur un vaste terrain, réaménagement de l’ancienne école de Saujean (sur la route de Fourques) en centre d’accueil dont profitèrent de nombreuses associations beaucairoises. La taxe professionnelle de l’usine hydroélectrique contribua largement au financement de la construction de la piscine. Les associations concernées eurent accès dès 1981 à la halle des sports qui comprenait une salle omni-sports, de vestiaires, d’une salle de massage. Structures qualifiés par M. André au moment de sa conquête du pouvoir «d’équipements de prestige»…
  • la revitalisation du centre ancien pour sauver le centre-ville du dépérissement fut engagé au cours du quatrième mandat (1977-1983) par la création d’une OPAH (opération programmée de l’amélioration de l’habitat) qui prenait en compte les aspects sociaux, architecturaux et financiers des différentes actions à mener. L’aménagement de la place Vieille fut réalisé, et devait être complété par la réfection de la montée du Château. La commune racheta près de la moitié des immeubles de l’îlot du temple, deux bâtiments de l’îlot de la Glacière ainsi qu’une partie de l’ îlot des Pêcheurs. Cet effort ne fut pas poursuivi par la nouvelle équipe arrivée en 1983, on connaît la suite.

Le mot de la fin revient à José Boyer qui introduisait son livre «Beaucaire une page d’histoire» en évoquant

le témoignage d’un passé récent, mais trop souvent oublié, plus souvent aussi dénaturé dans un but peu honorable par ceux qui, délibérément, prennent trop de licences avec la vérité.