Ils sont nos Indiens ! Comme en Amérique du nord, au XIXème siècle, mais sans les plumes ! Rejetés de tous, même des migrants fraîchement arrivés lesquels, pourtant, largement honnis par ceux qui étaient là un peu avant.

Le rejet et la méfiance des sédentaires envers les nomades sont très anciens et datent certainement des débuts de la période néolithique (au moins 10 000 ans). On retrouve cet antagonisme dans la plus ancienne épopée de l’histoire : celle de Gilgamesh, qui date de 4000 ans au moins. C’est le moment où une partie de l’humanité a décidé que la terre, les animaux, l’eau des sources lui appartenaient et a commencé à repousser les non-sédentaires.

On retrouve aujourd’hui, par certains côtés, cette opposition entre les propriétaires et les autres. Ce n’est pas par hasard si les hommes politiques, en général de droite, veulent une France de propriétaires.

Et pourtant, un peuple sans état, sans frontières, n’est-il pas le plus européen de la Communauté ?!

Combien sont-ils ?

Ils sont environ 10 à 12, voire 15 millions en Europe.

En France, les statistiques à caractère «ethnique» étant illégales, on ne peut se fier qu’au nombre de carnets de circulation, soit environ 150 000 itinérants.

Comment les appeler ?

Selon les époques, on a utilisé plusieurs noms : Bohémiens, Romanichels, Manouches, Egyptiens, Zingaros, Gitans, Tsiganes, Roms, etc…

La dénomination « Gens du voyage » est purement française et administrative. Apparue en 1972 ( à la suite de la loi de 1969 ), curieusement elle désigne les Roms ( et quelques autres nomades) même s’ils ne voyagent pas ! En fait, il faut savoir qu’environ 1/6 des Roms pratique le nomadisme, les 5/6 restants justifient d’une adresse.

Il semble qu’actuellement on s’accorde sur le terme de Rom. Rom veut dire « Homme » en langue Romani, laquelle dérive du sanskrit (langue ancienne de l’Inde).

D’où viennent-ils ?

Nous savons depuis longtemps que les Roms sont originaires de l’Inde, et plus précisément de la ville de Kannauj ( près de Kanpur et d’Agra, et non loin du Gange ), dans l’état de l’Uttar, le plus peuplé de l’Inde. Le linguiste Marcel Courtiade de l’Institut des Langues Orientales (INALCO) a ainsi pu retrouver de très nombreuses similitudes entre la langue Rom et les langues parlées dans cette province de l’Uttar Pradesh. Jusque vers l’an mil, Kannauj était la capitale d’un royaume important et prospère.

En 1018, des conquérants afghans s’emparent du royaume et emmènent en esclavage la population Rom dans la région du Khorassan (nord-est de l’Iran actuel et ouest de l’Afghanistan).

Cette région va très vite subir les invasions turco-mongoles et, dès lors, les Roms vont entamer leur exode vers l’ouest en très grande majorité. Au XIVème siècle, on les trouve au Proche-Orient, dans ce qui reste de l’empire Byzantin.

Les Turcs Ottomans arrivant en Anatolie, les Roms se réfugient dans les Balkans et beaucoup longeront le Danube où ils se fixeront.

Cela fait plus de 600 ans qu’ils sont en Europe et même en France : un texte de l’année 1419 signale, dans l’est de la France, l’arrivée de groupes d’étrangers, à pied, habillés autrement que les gens du pays et dormant en plein air à même le sol.

Tantôt appréciés, tantôt honnis…

En France, ils furent remarqués et appréciés pour leurs connaissances dans le domaine équestre ou de la métallurgie et on trouve, aux XVème et XVIème siècles, des campements roms au pied des châteaux-forts, pour assurer l’élevage et le dressage des chevaux des seigneurs locaux.

Après le décret de Louis XIV de 1689 sur le vagabondage, ils seront de nouveau, pour la plupart d’entre eux, itinérants.

Le XIXème siècle sera pour les Roms à nouveau une période assez favorable. C’est à ce moment qu’on commence à les voir se déplacer en roulotte car le prix des chevaux est devenu plus bas. Ce sont leurs qualités de musiciens qui vont être recherchées : c’est l’époque où les bourgeois, les poètes et bien d’autres viennent faire la fête dans les camps de Bohémiens.

Cependant, les Roms ne sont pas tout le temps occupés à distraire le bourgeois : ils sont également souvent sollicités pour les travaux saisonniers de la campagne : fenaison, moisson, vendanges car beaucoup de jeunes ruraux sont partis travailler dans les usines des grandes villes.

Dans l’ensemble, même si les paysans se méfient un peu des «voleurs de poules», ils sont plutôt bien acceptés. Mais, à partir du second empire, l’administration commence à se méfier et surveiller tous les «sans domicile fixe», jugés incontrôlables. Il faut rappeler que les chemins de cette époque sont très fréquentés : ouvriers saisonniers, compagnons du Tour de France, colporteurs, etc…

Au XXème siècle, les conditions de vie des Roms vont se dégrader

D’abord, la mécanisation de l’agriculture fera qu’il n’y aura plus besoin d’assistance pour les travaux saisonniers et, avec la société de consommation, plus besoin non plus de rempailler les chaises ni de réparer les paniers. En même temps, l’espace de libre circulation se rétrécit comme une peau de chagrin : le barbelé règne partout car les éleveurs entourent leus pâtures, faute de jeunesse pour surveiller les bêtes.

Ensuite, les tracasseries administratives et surtout policières vont se faire de plus en plus pressantes : la surveillance et le contrôle vont s’intensifier. Avec la loi de 1912, le contrôle des nomades sera encore plus tâtillon : carnet anthropométrique obligatoire et infamant. En quelques années, les colporteurs vont disparaître du paysage.

Le pire viendra avec le régime de Vichy : camps de concentration de Saliers près de Saint-Gilles et de Montreuil-Bellay en Maine-et-Loire. Ce fut une période noire pour ce peuple pourchassé aussi par les autres états européens : sédentarisation forcée avec Staline et surtout extermination par le IIIème reich.

Au XXIème siècle, des sous-citoyens

La loi de 1969, toujours en vigueur, est très discriminante car elle crée deux sortes de citoyens, selon l’existence d’un domicile fixe ou non ! L’obtention d’une carte d’identité en dépend, le droit de vote aussi et à condition de déclarer une commune de rattachement.

Les lois de mai 1990 et juillet 2000, dites Lois Besson ( du nom du député savoyard Louis Besson, à ne pas confondre avec le triste Eric Besson), bien que ne cherchant pas à favoriser spécialement les gens du voyage, invitaient les communes de plus de 5000 habitants à proposer des aires d’accueil correctes, plus ou moins grandes selon une gestion départementale supervisée par le préfet.

Ces lois seront mises à mal dès la loi sur la sécurité intérieure puis les différents aménagements sécuritaires chiraco-sarkoziens.

En fait, en y regardant de plus près, nous voyons que notre République pratique l’apartheid en désignant un groupe de sous-citoyens, foulant ainsi aux pieds sa devise.

La Liberté est bafouée : essayez, si vous êtes un Rom, d’installer votre caravane dans un camping, même sans étoile, ou de vous arrêter quelques minutes sur une place publique.

Bafouée l’Egalité : avec un carnet ou livret de circulation, vous devez pointer au commissariat ou à la gendarmerie, comme les personnes astreintes à résidence. Vous commencez à obtenir quelques droits si vous déclarez une commune de résidence, à condition de ne pas dépasser 3% de la population !

Quant à la Fraternité, il suffit d’observer les opérations de contrôle dans les campements de nomades : le côté «câlin» des C.R.S vous fait penser à la rafle du Vél’d’Hiv.

Finalement, les Roms ne sont «considérés» que comme prétextes de choix pour des maires ou politiciens, pas toujours de droite, pour justifier des décisions sécuritaires et flatter leur électorat.

Contraints souvent à stationner dans des zones insalubres, à la merci de sectes plus ou moins religieuses, leurs conditions de vie mènent à l’acculturation et à une sorte de lent génocide. Leur histoire rappelle celle d’autres diasporas célèbres comme celle des Juifs ou des Arméniens. Les bonnes consciences ne se réveillent-elles systématiquement qu’après coup, comme après la deuxième guerre mondiale ? Faudra-t-il l’ouverture de nouveaux Dachau ou Buchenvald pour qu’elles se manifestent ?

Il est vrai qu’avec l’augmentation continue de la densité de population en Europe de l’ouest , le nomadisme sera de plus en plus problématique : les zones rurales sans clôtures, sans propriétaires ou non protégées par des décrets ont diminué comme peau de chagrin pendant que les populations sédentaires sont de plus en plus méfiantes et hostiles.

C’est pour ces raisons que la solution des aires de stationnement des Gens du Voyage est intéressante, plutôt que les laisser s’installer n’importe où, dans des zones dépotoirs ( bretelles d’autoroutes, proximité de lieux insalubres, etc…) tout en déplorant la saleté des lieux après le départ des caravanes.

Certes, il ne faut pas tomber dans l’angélisme. Il arrive que des aires de stationnement ne se retrouvent pas aussi propres qu’elles le devraient après un séjour mais c’est, semble-t-il, moins fréquent qu’on ne le dit et, de toute façon, n’est-ce pas le cas de la plupart des lieux fréquentés par un public «de passage» : allez jeter un œil dans les lieux à touristes ou à grand public, dans les forêts ou sur les plages, sans parler du comportement des usagers des camping-cars : ce ne sont pourtant pas des «Gens du Voyage» !

Dans la région du Bourboustan, on botte en touche en ne décidant rien. «C’est à l’Etat de régler le problème».

Mais ces gens sont déjà là, régulièrement. Ce n’est pas l’installation d’un emplacement qui les fera venir !

Est-il vraiment préférable de laisser l’Etat décider à notre place et choisir l’emplacment sachant que le financement sera quand même assuré, d’une manière ou d’autre, par les contribuables.

C’est entre autres ce que faisait remarquer M. Dubois au conseil municipal après le vote négatif de la majorité et des élus d’oppposition de droite au sujet d’une aire de 20 emplacements.

La LDH a édité un guide très complet «Roms de France, Roms en France» environ 100 pages, 10€