Depuis 2002 souffle un vent de «réformes» sur la société française, de ruptures depuis l’élection de M. Sarkozy qui prétendait remettre la France au travail (on échappa de peu au sempiternel «La France aux Français»).

Mais réformer pour la droite ne signifie pas autre chose que faire des économies. Et un moyen subtil, certains diront cynique, pour réaliser ces économies est de transférer une partie de ses compétences vers les collectivités locales (régions, départements et communes) qui doivent assumer des fonctions qui jusque-là étaient assurées par l’Etat. Alors que le gouvernement annonce des réductions d’impôt sur le revenu (celui qui est pourtant considéré comme le plus juste, car indexé sur les revenus du contribuable), les transferts de charges, opérés par l’Etat pour compenser les nouvelles missions des collectivités locales, ne se font jamais à la hauteur des besoins, ce qui est logique puisque le principal objectif est de réduire le budget de l’Etat.

Ainsi, par exemple, voilà des années que l’Etat a réduit au strict minimum ses interventions sur les routes nationales parce qu’il savait qu’elles seraient transférées à terme aux Conseils généraux. C’est en 2007 que le transfert officiel a été effectué et c’est donc maintenant à ces derniers d’assumer de lourds travaux de remise aux normes de ces voiries souvent devenues vétustes.
Face à cette décentralisation forcée, les élus locaux pourront actionner trois types de levier pour assumer leurs nouvelles missions :

  • augmenter les impôts locaux,
  • faire des économies sur les missions existantes,
  • déléguer purement et simplement certaines des missions au secteur privé.

On comprend qu’en bout de course, ceux qui pâtiront de ces mesures sont toujours les mêmes, à savoir les usagers des services publics. Le pire est donc à craindre avec l’annonce de la suppression d’une partie de la taxe professionnelle.

Parmi les secteurs où la volonté de désengagement de l’état est la plus marquée, on trouve l’Education Nationale. Xavier Darcos lui-même n’a-t-il pas avoué que toutes les réformes en cours servent d’habillage à la réduction des effectifs et aux suppressions de postes d’enseignants ?

Zoom sur l’école primaire

Première étape de ce processus : les enfants de moins de 3 ans ne seraient plus scolarisés en école maternelle, mais devraient être accueillis dans des «jardins d’éveil» qui relèveraient alors de la responsabilité de la commune ou d’établissements privés. A la charge des parents et des communes de financer ces structures qui alourdiraient significativement les budgets dédiés à la petite enfance.

D’autres mesures contribuent à la destruction du système scolaire actuel :

  • la suppression des RASED, dispositifs d’aide aux enfants en grandes difficultés scolaires. En lieu et place on leur propose une aide ponctuelle dispensée par des enseignants non spécialisés. Difficile de faire plus incohérent lorsque l’un des objectifs affichés du gouvernement est de réduire le nombre d’élèves sortant de l’école sans qualification, la réduction du nombre d’heures hebdomadaires d’enseignement pour les élèves du primaire de 26 heures à 24 heures avec passage à la semaine des 4 jours. Cette mesure populiste qui permet de supprimer les cours le samedi matin ne tient absolument pas compte des rythmes d’apprentissage des enfants. Conséquence : des enfants plus fatigués par un travail inégalement réparti dans la semaine,
  • le remplacement des enseignants absents devient de plus en plus aléatoire. Conséquence directe des 11 000 suppressions de postes en 2008 et des 13 500 en 2009. D’ores et déjà les chefs d’établissement et les inspecteurs d’académie s’adressent directement à l’ANPE pour recruter sur diplôme (Bac+3) des personnels chargés d’assurer des missions de remplacement de courte et moyenne durée. Rappelons quand-même que ces remplacements étaient jusqu’à présent assurés par des enseignants qualifiés.

Citons pour conclure des extraits d’une lettre de Philippe MEIRIEU (universitaire spécialiste en science de l’éducation et pédagogie) adressée au ministre de l’éducation datée du 27 décembre 2008 :

[La politique de votre gouvernement] est dangereuse, parce qu’elle sacrifie l’avenir de notre pays à des équilibres financiers à court terme. Elle est dangereuse aussi, parce qu’elle ne calcule jamais les coûts sociaux, à moyen et long termes, de ses choix.

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