Petit historique

Le premier réseau d’eau potable à Beaucaire date de 1912 puis a été complété en 1929. Jusqu’à la fin des années 50, aucun travail d’envergure n’a été entrepris. Le réseau de canalisations dépassait à peine 3 km, le seul réservoir de 500 m³ (situé à proximité de l’actuel LEP Paul Langevin) alimentait quelques rues du centre ancien, la rue de Nîmes et le rez-de-chaussée de maisons de la rue de la République. La capacité de production restait insuffisante. « L’eau de la ville », eau du canal d’irrigation et donc impropre à la consommation, apportait le complément nécessaire à la population. Il fallut attendre 1959 pour que l’adduction d’eau devienne « la priorité des priorités » de la nouvelle municipalité. En juin 1964, la nouvelle station de pompage fut mise en service après la construction d’un nouveau réservoir de 1000 m³, de 10 km de canalisations posées et de l’ouverture d’un nouveau puits de captage au lieu-dit « les 5 platanes ». L’effort fut poursuivi au cours du second mandat de la majorité Boyer par la construction d’un nouveau réservoir et l’extension du réseau qui atteignait en 1971 plus de 20 km.

En 1974 la nouvelle équipe, toujours dirigée par José Boyer, accorda sa confiance à la CGE (maintenant Veolia) pour la gestion du service de l’eau potable. Des problèmes liés à la gestion du personnel et la complexité croissante du réseau nécessitant davantage de compétences motivèrent sa décision. Cependant on peut affirmer que le réseau confié aux bons soins de cette entreprise était en parfait état.

Fuites d'eau chez Veolia

Qu’il semble naturel et évident aujourd’hui de disposer de ce bien souvent qualifié « d’or bleu » dans nos logements ! Imagine-t-on de nos jours vivre sans elle comme c’est le cas pour près de 1,1 milliards de personnes dans le monde ? Pourtant ce patrimoine universel, bien commun des peuples, et source de vie -l’eau potable- est plus que jamais en péril. Réchauffement climatique, pollutions, rupture naturelle du cycle de l’eau sont autant de menaces qui doivent nous conduire à être de plus en plus vigilants sur l’utilisation que nous faisons de l’eau potable. L’heure est à l’économie des ressources naturelles, de l’eau potable en particulier.

Oui mais pas à Beaucaire ! En effet la lecture des rapports annuels du délégataire pour le service de l’eau potable 2006 et 2007 est particulièrement accablante pour Veolia, entreprise qui a pourtant en charge la gestion de ce service depuis 1974.

Parmi les indicateurs les plus inquiétants figurent :

  • Le taux de rendement du réseau qui dépasse péniblement les 50 %. Cela revient à dire que près de la moitié de l’eau pompée et traitée est perdue dans les canalisations.
  • Le nombre de fuites réparées sur l’ensemble du réseau qui dépasse 85 km actuellement (9 fuites réparées en 2006, 8 en 2007) est anormalement faible en regard des pertes enregistrées. Cela signifie que Veolia ne recherche pas les fuites existantes dont le coût est supporté par les usagers du service public, alors que le contrat d’affermage lui en fait obligation.

Mais que fait Veolia depuis plus de 30 ans ? Elle relève les compteurs, facture l’eau consommée et entretient les canalisations.

Personne ne peut contester la ponctualité des factures. Pour ce qui est des compteurs relevés, nous sommes de plus en plus invités à le faire nous-mêmes en renvoyant une carte dûment affranchie. Quant à l’entretien des canalisations, il est permis de douter de l’efficacité de cette entreprise puisque les chiffres précédemment cités montrent un réseau d’adduction d’eau en piteux état, un délégataire qui ne satisfait pas à ses obligations contractuelles et laisse se dégrader la situation. L’usager ne paie-t-il pas deux fois la prestation d’entretien ? Une première fois au délégataire qui ne l’exécute pas et une seconde fois à la commune au titre du renouvellement. Par renouvellement il faut comprendre le remplacement des canalisations à la charge de la collectivité (et donc de l’usager). En réalité, le rapport révèle une gestion du réseau de canalisations par Veolia gravement défaillante. Si la municipalité ne réagit pas, il en résultera un coût supplémentaire très important pour les usagers.

Que valent alors les campagnes de sensibilisation des consommateurs qui « sont incités à un usage responsable de l’eau » ? L’économie d’eau réalisée par l’ensemble des citoyens qui ferment le robinet pendant qu’ils se lavent les dents n’est-elle pas dérisoire comparée à la quantité d’eau perdue dans le réseau de Beaucaire (880 000 m³ en 2007 !) ?

Nous sommes une fois de plus confrontés à une gestion productiviste d’un service public où la recherche du profit prend le pas sur les besoins humains. Dans ces conditions, il nous apparaît urgent que la majorité municipale entre en relation avec des dirigeants de Veolia afin de redéfinir les missions du délégataire dont le contrat a été renouvelé en 2007 par l’ancienne majorité.

D’autant plus urgent qu’une extension du réseau d’eau potable à la plaine est prévue…

Peut-être faut-il aussi s’interroger sur l’opportunité, face aux carences avérées de Veolia, d’engager une procédure de déchéance, ou tout au moins d’obtenir une renégociation à la baisse des tarifs parfaitement injustifiés. Rappelons quand même que le prix de l’eau a triplé entre 1992 et 2002 atteignant à cette date 2,60 € le m³ alors que la moyenne pour le Gard à la même époque ne dépassait pas 2,37 €. Renégocier à la baisse le prix de l’eau de 50% ne relève pas de l’utopie, prenons pour exemples des agglomérations importantes comme celle du Grand Lyon qui ont obtenu des réductions substantielles sur les factures d’eau.

Il convient de rappeler par ailleurs que nos investigations ne se sont portées à ce jour que sur la délégation du service publique d’eau potable. Or sa facturation contribue à moins de 50% du prix du m3. Le reste est en effet imputable au service public d’assainissement collectif, collecte et traitement, lui aussi délégué à Véolia. Nous vous tiendrons donc informés dans les mois à venir, avec le plus d’objectivité possible, de la situation technico-économique de ce service. En se basant dès à présent sur la fréquence des rejets hors normes de la station d’épuration et sur celle des dysfonctionnements des postes de relèvement du réseau, il y a malheureusement fort à parier que nous aboutissions à un constat analogue.