Le Maire annonçait en août dernier son entrée au conseil d’administration de BELVEDERE, groupe détenant MONCIGALE (ex. CHAIS BEAUCAIROIS), qui vient d’établir son siège social à Beaucaire. Lorsque Claude Dubois lui a demandé lors du Conseil municipal de novembre dernier ce qu’il comptait faire à la fois en tant que Maire et éventuel administrateur de Belvédère pour sauver les emplois de MONCIGALE, il a répondu :

Il vaut mieux être dedans que dehors pour savoir ce qui se passe.

Il nous a par la même occasion informés qu’il était détenteur de deux actions à 26 € pièce.

Mais qu’est-ce qu’une holding employant plus de 3600 salariés dont 750 en France et dont la valeur est estimée à 1 milliard d’euros est venue faire à Beaucaire ? Et puis comment notre premier magistrat avec ses 52 € d’actions espère-t-il peser dans les décisions stratégiques du groupe ?

Décryptage de RPB : début 2011, la dette de Belvédère, dont le siège est alors à Dijon, est estimée à 500 millions d’euros. Protégée par un plan de sauvegarde, son remboursement est échelonné sur 10 ans. Les créanciers, lassés du non-respect des échéances par Belvédère l’attaquent en justice et la Cour d’appel de Dijon met fin à la sauvegarde en juin 2011, ce qui oblige théoriquement l’entreprise à rembourser séance tenante l’intégralité de la dette. Dans le même temps, Moncigale obtient elle aussi du Tribunal de commerce de Nîmes son placement en procédure de sauvegarde. Moncigale étant filiale de Belvédère, cette dernière se retrouve donc de nouveau couvert par un plan de sauvegarde. Au vu de la clémence du tribunal de Nîmes, les dirigeants du groupe décident donc d’installer leur siège à Beaucaire.

Stupéfiant, la décision d’un tribunal peut être bafouée par un tribunal d’une autre région. De là à imaginer que la holding bourguignonne aurait cherché en s’implantant en Languedoc- Roussillon une terre moins hostile il n’y a qu’un pas.

Qu’en est-il maintenant des motivations de M. le Maire ?

Qu’est-ce qu’un «ex-professionnel» du syndicalisme agricole gardois vient faire dans un groupe industriel international ? Les perspectives électorales y sont sûrement pour quelque chose. 2012 les législatives, 2014 les municipales, c’est demain. Faute de pouvoir à ce jour défendre un bilan positif en matière d’emploi (on attend toujours les 400 emplois promis en zone industrielle), s’afficher comme défenseur des emplois de MONCIGALE, ça ne peut pas faire de mal. D’ailleurs une partie de la droite sortante ne s’y est pas trompée non plus. Ainsi, malgré son adhésion indéfectible aux valeurs du MEDEF, elle n’a pas manqué de s’afficher ostensiblement au milieu des salariés de l’entreprise beaucairoise lors de leur manifestation du 2 septembre. C’est ainsi qu’on a vu une Valérie Arèse issue d’une droite décomplexée venir pour se faire tirer le portrait et puis partir. Qui peut croire à la sincérité de sa démarche ?

Et puis, quand Belvédère affiche des projets d’investissement, une usine de spiritueux de 80 salariés en zone industrielle, que demander de plus ?

Un groupe en redressement judiciaire dont le jugement sera rendu début janvier et qui va certainement devoir céder ses deux marques les plus populaires pour rembourser ses dettes est incontestablement « très crédible » lorsqu’il parle d’investissement à Beaucaire, a fortiori dans un contexte de crise économique internationale majeure. Qu’à cela ne tienne, en période de campagne électorale, on le sait, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Peu importe, pour le maire, que cette usine ne voie pas le jour et que MONCIGALE mette la clé sous la porte en 2015. Ce qui compte, ce sont les législatives de 2012 et les municipales de 2014. Enfin pour finir il ne faut pas oublier qu’être « copain » avec un PDG qui gagne 570 000 € par an ça peut toujours être utile en période de campagne électorale.

Alors tout ça pour 52€, si ce n’est pas un investissement rentable??? En plus il paraît que ces derniers jours le cours de l’action Belvédère est reparti à la hausse…

Brève

Après avoir déménagé le siège social de la multinationale Belvédère à Beaucaire, le nouveau PDG Krzysztof Trylinski ne souhaite pas commenter l’éventuelle participation de Jacques Bourbousson au conseil d’administration. Ca ressemble à un coup de pied au…