La déclaration de M. le Maire le 1er septembre 2014 au sujet des enfants allophones (qui ne parlent pas français) souligne une ignorance crasse de l’histoire de Beaucaire et, au-delà, de l’histoire de France.

Les premiers arrivants italiens, aux pratiques religieuses très ostentatoires, étaient surnommés « christos » à la fin du 19ième siècle, époque où la France était touchée par la déchristianisation.

220px-Aigues-Mortes_massacre_des_italiens_1893

La violence xénophobe, conséquence de la Grande Dépression des années 1875 et des fantasmes relatifs à la préférence nationale ou à la protection du travail national, finit par s’exprimer à travers des émeutes anti-italiennes en 1881 à Marseille, épisode connu sous le terme de « Vêpres marseillaises », et en 1894 à Lyon . Elle culmina à Aigues-Mortes en 1893 quand la récolte du sel tourna au drame en se transformant en véritable « ritalade ». Les bilans firent état d’un nombre important de morts.Plus tard, entre les deux guerres, on les affubla de termes méprisants tels que « macaroni », « babi » ou « rital« .
Dans un passé plus récent, les immigrants espagnols, désignés eux par les termes de “espingouins, spanifles”, ont été accueillis en grand nombre par notre pays. Bien que la culture espagnole soit proche de la nôtre, ces réfugiés –les grands-parents de notre maire peut-être ?– n’ont,  à l’instar des  Italiens, pas toujours bénéficié d’un traitement bienveillant.

Rongée par la crise économique, en proie aux sentiments xénophobes, repliée sur elle-même, la société française réserve alors aux réfugiés un accueil pour le moins inamical. Dès 1937, sous le gouvernement Daladier, ont été édictés des décrets de loi instituant l’internement administratif des étrangers « indésirables ».

Réfugiés Espagnols internés-1939

Les Espagnols sont les premiers à subir les conséquences de cette politique en direction des populations exogènes. Les familles sont séparées : les femmes, les enfants et les vieillards sont déplacés en train vers les départements de l’intérieur de la France ; les hommes sont parqués dans des camps d’internement montés hâtivement sur les plages du Roussillon et dans le sud-ouest de la France. Les conditions de vie dans ces camps, que les autorités françaises elles-mêmes nomment en 1939 « camps de concentration », étaient extrêmement précaires.

 

Certains d’entre eux arrivent à Beaucaire pour travailler à l’usine de produits chimiques qui deviendra Procida. Quelques-uns sont restés et ont fondé leur famille à Beaucaire.

La contribution de ces « étrangers » à la richesse du pays et de la région, le sang versé lors des deux guerres mondiales et dans les maquis ne doivent pas être oubliés. A ceux-là qui travaillaient dur ou qui servaient de chair à canon, on ne demandait pas de maîtriser la langue française. Une chose est sûre : les républicains espagnols des maquis ou les juifs polonais FTP parlaient moins bien le français que Bousquet et Papon !

Puis ce fut au tour des émigrés d’Afrique du nord de venir apporter au pays leur force de travail.

Malgré les problèmes, tous les enfants de ces populations immigrées ont intégré le système éducatif français. Ces enfants, qui ne parlaient pas un mot de français à leur arrivée dans notre pays, et leur descendance, ont participé à la construction de la France d’aujourd’hui.

Sur la dizaine de maires qui se sont succédés à la mairie depuis un siècle, deux ont osé demander l’exclusion des enfants d’immigrés du système scolaire : Jean-Marie André et le maire actuel.

En 1989, notre République s’est engagée à défendre et à garantir les droits des enfants, de tous les enfants, ainsi qu’à répondre de ces engagements devant la communauté internationale : exclure les enfants ne parlant pas français de nos écoles va à l’encontre de cet engagement. C’est aussi totalement incohérent, car c’est bien pour éviter une baisse du niveau général que les enfants ne parlant pas français bénéficient, pendant une brève période, d’une attention particulière.

M. le maire, la France est depuis longtemps une terre d’accueil et d’intégration de femmes et d’hommes fuyant leur pays pour des raisons économiques ou politiques. Même pendant les heures les plus sombres de notre histoire elle a su surmonter ses vieux démons xénophobes.

 

 M. Sanchez, souvenez-vous et accordez aux enfants des nouveaux arrivants la même chance que celle jadis offerte à vos ancêtres !