SÉCURITE ET PRÉVENTION DE LA DÉLINQUANCE

BILAN DE LA MUNICIPALITÉ FN À 30 MOIS

1.1 Sociologie 1 Rappel du contexte beaucairois

Avec ses 15894 habitants dont 5010 vivant dans le quartier prioritaire du centre-ville et 1623 dans celui du quartier de la Moulinelle, la commune de Beaucaire n’échappe pas a cette règle. Ainsi la population de la ville est-elle une des plus pauvre du département, lui même le plus pauvre de l’ancienne Région Languedoc-Roussillon, elle-même une des plus pauvres du territoire métropolitain.

En matière d’emploi la ville est essentiellement constituée d’ouvriers et employés avec une part importante de main-d’oeuvre saisonnière dédiée à l’agriculture dont l’origine géographique, traditionnellement nord–africaine, a été supplantée voici quelques années par une main-d’oeuvre d’origine latino-américaine dont les mouvements sont orchestrés pour l’essentiel par une entreprise d’intérim espagnole.

 1.2 État des lieux en matière de sécurité

Les chiffres de la délinquance nous donnent qu’une représentation partielle de la réalité du problème et ce notamment pour les raisons suivantes :

  • les chiffres ne représentent que les infractions et délits constatés ou dénoncés, or on sait qu’un nombre important de victimes ne fait pas ou plus la démarche de déposer plainte,
  • les chiffres dépendent de la capacité de la Police nationale a intervenir. Ainsi une augmentation des chiffres de la délinquance peut être paradoxalement le résultat d’une augmentation des effectifs de police du fait de l’augmentation du nombre d’affaires pouvant être prises en charge.

Par contre ce que ces chiffres n’illustrent pas c’est le « sentiment d’insécurité ». Pourtant aucune municipalité depuis 30 ans, municipalité actuelle comprise, n’a cherché ni à le définir ni à le quantifier. Alors même que la connaissance de ces données permettrait certainement de mieux identifier les actions à entreprendre dont les aspects répressifs ne sont qu’une composante parmi d’autres. A moins que l’entretien d’une certaine confusion sur le sujet ne soit finalement plus utile aux politiques pour manipuler une partie de l’opinion.

En nous basant sur notre ressenti d’habitants qui côtoyons au quotidien les spécificités sociales beaucairoises :

  • grande précarité : mères isolées vivant des minimas sociaux, personnes âgées handicapées vivant seules avec un minimum vieillesse, habitat indigne, maltraitance d’enfants etc.,
  • multiculturalisme : populations originaires du Maghreb, d’Espagne, d’Afrique subsaharienne, d’Amérique du sud, communauté gitane etc.,
  • faible niveau éducatif et culturel,
  • chômage endémique.

On peut dire qu’il n’y a pas de problèmes d’insécurité notoire. Un semblant de mixité sociale demeure et permet de garantir un minimum de cohésion sociale qui n’existe déjà plus dans certains quartiers populaires périphériques des grandes villes. Par contre il est vrai que l’incivisme et ses conséquences en matière de tranquillité publique sont une réalité qui pèse sur le quotidien de certains habitants.

 1.3 Politiques de sécurité menées jusqu’alors

Comme de nombreuses communes, Beaucaire a connu durant les vingt dernières années un développement important de la Police municipale et de la vidéosurveillance. Ces phénomènes sont survenus concomitamment avec le désengagement progressif de l’Etat en matière de Police nationale qui s’est traduit par la suppression de la police de proximité et notamment par la fusion des commissariats de Beaucaire et de Tarascon.

S’agissant d’une commune de plus de 15 000 habitants, la ville de Beaucaire a obligation d’animer un Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD). Ce dernier a été réactivé par la municipalité en 2010. Le CLSPD se doit d’être le socle de toute la politique de prévention et de cohésion sociale de la ville car il associe tous les partenaires institutionnels et associatifs et doit permettre ainsi d’installer une vraie cohérence de travail. Il est aussi l’instance où doit se formaliser le travail partenarial entre les deux polices (PM et PN). Il était jusqu’en 2014 piloté par la chef de projet « politique de la ville ».

 2 Actions de la nouvelle municipalité

 2.1 Avancement de la mise en œuvre du programme

 2.1.1 « Augmenter les effectifs de la Police municipale en les approchants de 25 et ses moyens matériels »

Les effectifs de la Police municipale ont augmenté de 45% et vont continuer à augmenter pour atteindre 25 en fin de mandat d’après la municipalité. Actuellement, le nombre de policiers municipaux pour 1000 habitants est de 1,23 ce qui nous place devant des villes comme Avignon, Nîmes ou Orange (source – 1).

Plus globalement, l’augmentation des dépenses en matière de sécurité suit une trajectoire assez proche de celle des anciennes municipalités. A noter toutefois que le seuil symbolique du million d’euros par an pour le total des dépenses incluant Police municipale et vidéosurveillance devrait être franchi cette année.

 

 

 2.1.2 « Redéfinir les missions de la Police municipale. Celle-ci ne soit plus servir à traquer les automobilistes, mais doit avoir pour priorité la lutte contre l’insécurité et les incivilités. Il ne doit plus y avoir de zones de non-droit ».

A notre connaissance; les missions de la Police municipale n’ont pas évolué et l’essentiel de leur action, outre la sécurisation des nombreuses manifestations, consiste en la réalisation de patrouilles en voitures censées, avec la vidéoprotection, constituer des outils de dissuasion suffisants.

Aucune action spécifique ne paraît avoir  été menée en matière de lutte contre l’insécurité. Il semble qu’aucun diagnostic local de sécurité; qui aurait pourtant du servir de base à l’élaboration d’une stratégie en la matière, n’a été effectué. Pire, avec la disparition du service politique de la ville et le départ sa responsable, les travaux du CLSPD ont été interrompus définitivement.

Quant aux zones de non-droit, il s’agit surtout à nos yeux, non pas d’un fait avéré, mais plutôt de verbiage à vocation de communication. En effet, il conviendrait en préambule de spécifier à quel droit il est fait référence. S’il s’agit de réglementation en matière de stupéfiants certes il existe quelques points de ventes connus de tous, situés a proximité des caméras et qui n’ont absolument pas disparu depuis l’arrivée du Front national. Si l’on parle de droit du travail, la zone agricole fait l’objet de nombreuses infractions non relevées sur la main-d’oeuvre saisonnière sans que personne ne s’en offusque. Enfin, si l’on parle de règles d’urbanisme, c’est tout le territoire communal qui est une immense zone de non-droit, la plaine pour les construction illicites, le centre-ville pour le non-respect des prescriptions du secteur sauvegardé.

Enfin pour ce qui est de la traque des automobilistes, elle s’est plutôt accrue, puisqu’ils font dorénavant l’objet de vidéoverbalisation.

 tarifs

 Tarif de vente de drogues écrits directement sur les murs dans une rue du centre -ville occupée par les dealers (août 2016)

 dechets

Décharge sauvage en zone agricole

 
cabanes

 Constructions illicites dans la plaine agricole

 

 2.1.3 « Demander à la Police municipale de circuler dans les rues commerçantes, les rues aujourd’hui à problèmes »

La Police municipale continue de circuler dans les rues en question comme elle le faisait sous l’ancienne municipalité c’est-à-dire en voiture, très rarement à pied, peu efficace en matière de prévention des incivilités.

 2.1.4 « Créer des patrouilles de police fonctionnant toute la nuit »

Les patrouilles circulent une partie de la nuit, en effet, mais c’était déjà le cas sous l’ancienne municipalité, rien de nouveau donc !

 2.1.5 « Dans un premier temps, le maire et les adjoints, officiers de police judiciaires tourneront la nuit si nécessaire »

Cette disposition n’a à notre connaissance jamais été mise en œuvre, restant un pur effet d’annonce.

 

 2.1.6 « Priver d’aides les familles de mineurs condamnés pour faits graves de délinquance. Couper par exemple l’accès au CCAS et au logement social aux dealers et à leurs familles »

Cette disposition n’a à notre connaissance jamais été mise en œuvre, certainement pour cause  impossibilité juridique.

 2.1.7 « La paix sociale ne s’achète pas, elle s’impose »

La politique de la ville a été une des premières cibles de la municipalité frontiste au motif de la diatribe ci-dessus. Le service politique de la ville a été supprimé ainsi que toutes les actions pilotées par ce dernier : relais jeune, café des parents, médiateurs, centre socio-culturel. Ne subsistent que les subventions aux associations dans le cadre du contrat de ville pour un montant de 25000 euros, contre plus de 82000 euros pour la municipalité précédente.

La paix sociale s’impose aussi par la prise d’arrêtés autoritaires et unilatéraux imposant la fermeture des commerces uniquement dans deux rues de la ville (Nationale et Ledru-Rollin) de 23h à 5h du matin. Cette démarche entreprise sans aucune rencontre préalable des intéressés, et prenant effet le premier jour du Ramadan, a été vécue comme une provocation par une partie de la communauté musulmane. Certains commerçants, se considérant discriminés par rapport à d’autres quartiers de la ville, ont porté plainte et refusent d’obéir aux injonctions du Maire. Le délibéré du jugement doit être rendu de 5 décembre 2016 (NDLR : jugement qui déclare illégaux les arrêtés de fermeture mais ne retient pas la discrimination.)

A la moindre opportunité, la municipalité use de tous les moyens de communication à sa disposition pour justifier du bien-fondé de son action et de ses thèses sécuritaires d’une part, et se pose en victime du laxisme de l’État d’autre part.

 2.1.8 Immigration et insécurité

En réponse à la démarche entreprise par le gouvernement de démantèlement de la « jungle » de Calais qui impliquait l’accueil de quelques dizaines de demandeurs d’asile par département, le Maire a fait délibérer, à l’automne 2016, le conseil municipal pour l’approbation d’une charte dite « Ma commune sans migrants » à l’instar de ce qui s’était fait il y a quelques années avec la démarche « Ma commune sans OGM », les migrants se trouvant ainsi réduits à l’état d’êtres nuisibles et sans humanité. L’extrait de la charte,ci-après, illustre cet état d’esprit.

Ce type de démarche, peu coûteuse et entreprise à grand renfort de communication, veut montrer le migrant comme un danger pour l’ordre public et un terroriste potentiel. Au yeux du maire, cette charte ne serait donc pas une vulgaire gesticulation politico-médiatique, mais un réel outil de lutte contre l’insécurité. En tout cas, c’est le message qu’il essaie de faire passer.

 2.2 Impact et carences

 2.2.1 La méconnaissance du sujet

En ne pérennisant pas le CLSPD, en ne réalisant pas de diagnostic local de sécurité, en ne prenant même pas la peine de solliciter des subventions auprès de l’Etat dans le cadre de son Fond Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation (FIPDR), en n’effectuant pas de « diagnostic missions-moyens » avec la Police nationale, la municipalité atteste sa méconnaissance du sujet alors même que la sécurité est l’un des thèmes centraux de l’idéologie frontiste. Ce constat explique pourquoi finalement la continuité avec la politique des municipalités précédentes prévaut et ce, malgré les limites que ces dernières ont pu révéler.

 2.2.2 La disparition de la prévention

Disparition du service politique de la ville, fonds alloués à cette politique réduits à l’état de symbole, contrat de ville transformé en caisse de résonance politico-médiatique, Conseil Local de Sécurite et de Prévention de la Délinquance à l’abandon, naufrage organisé du centre socio-culturel, tout doit disparaître ! Certes il y aurait beaucoup à redire sur la manière dont étaient conduites les politiques de prévention de l’ancienne municipalité, notamment en termes de compétences des personnels, d’évaluation des actions menées et de participation de la population. Nous n’avions d’ailleurs pas manqué de le faire à l’époque.

Dorénavant, on peut considérer qu’il n’y a plus rien à dire puisque la politique de prévention de la délinquance a purement et simplement disparu. Ceci alors que tous les spécialistes s’accordent à dire que le rôle du Maire, en tant que coordinateur potentiel de l’action publique en la matière, tient un rôle central. Rôle jugé encore plus indispensable depuis les vagues d’attentats sur le territoire national, s’agissant de la lutte contre la radicalisation.

 2.2.3 Et puis ?

Au final on pourrait résumer la stratégie de la municipalité en matière de sécurité comme suit :

  • éviter une vision objective et pluridisciplinaire du sujet de façon à préserver des thèses simplistes,
  • éviter le partenariat avec d’autres acteurs de la sécurité pour éviter d’avoir à rendre des comptes, voire à affronter de la contradiction,
  • promouvoir une politique d’augmentation des moyens répressifs tout en sachant que juridiquement la municipalité ne peut rien en la matière,
  • communiquer beaucoup en jouant simultanément sur la confusion, les peurs et la victimisation d’un maire frontiste.

Outre les chiffres actualisés de la délinquance sur la ville dont nous ne disposons pas a ce jour, notre ressenti nous amène à résumer l’impact de la politique de la municipalité en matière de sécurité comme suit :

  • présence policière dans les quartiers prioritaires : pas d’évolution, les personnels ne connaissent toujours pas la marche à pied et l’îlotage,
  • lutte contre les incivilités : pas d’évolution,
  • prévention de la délinquance : disparition presque totale de cette politique,
  • répression de la délinquance : en dehors du domaine de compétence de la Police municipale,
  • pouvoir de police du maire (circulation, urbanisme, salubrité publique) : principalement axé comme auparavant sur la circulation et le stationnement.

 3 Conclusion

Sécurité et immigration sont des thèmes qui font florès dans les doctrines et discours du front et nul doute qu’à Beaucaire ces thèmes séduisent l’électorat frontiste. On aurait donc pu imaginer disposer d’une municipalité « experte » et attachée à connaître les attentes réelles de la population en la matière. Au lieu de cela, le Maire privilégie les slogans, la visibilité, s’exonère de tout travail de fond avec les partenaires et de toute démarche d’évaluation de l’impact de la politique mise en oeuvre. Il pérennise finalement la posture du « magicien » qui pourrait faire des miracles s’il disposait des pleins pouvoirs, mais qui doit malheureusement composer avec un état de droit qui l ‘en empêche. En filigrane, le message serait donc qu’un maire frontiste ne peut répondre aux attentes de ses électeurs sans un gouvernement frontiste. A voir jusqu’à quand la vacuité d’un tel discours pourra maintenir cet électorat dans l’expectative.

 4 Liste des sources

  1. http://www.lagazettedescommunes.com/rubriques/a-la-une-prevention-securite/